
Ces derniers jours, j’ai eu l’occasion de me replonger dans ma bibliothèque et de relire quelques textes de Selma Lagerlöf, ancienne institutrice suédoise devenue prix Nobel de littérature en 1909. Il y a plus de quarante ans, j’avais été bouleversée par ses écrits. Tout ce qu’elle décrivait dans ses nouvelles et ses romans, je le ressentais comme si je l’avais déjà vécu. Les résonances de ses mots sont restées en moi depuis…
Et je pense aujourd’hui qu’il y a un lien entre son écriture et le langage des Oiseaux. Alors je vous propose un petit article qui n’explique rien, mais qui montre, simplement.
Lire, un apprentissage du Réel par l’Inconscient
Ce qui m’avait profondément touchée dans l’écriture de Selma Lagerlöf, et qui me fait vibrer encore maintenant, c’est sa manière d’observer et de décrire l’intériorité de l’Être humain à partir de son rapport à la Nature. Sincèrement, sans jamais trop en faire.
Elle décrit de façon personnelle et juste. Des sensations, des émotions, des mouvements intérieurs peuvent être exprimés en quelques phrases, avec une facilité et une honnêteté qui laissent toute la place à ce que le lecteur ressent lui-même.
Son rapport à la Nature était très singulier, même pour ses contemporains. À mon sens, elle la ressentait « Corps et Âme ». Elle suivait le vent, le soleil, l’eau des lacs et des rivières, la glace, la neige…, elle voyait les tomtarna (pluriel de tomte, le « lutin ») et les entendait. Tout, dans sa vie, semblait être en relation avec cette Nature à travers laquelle elle décryptait les sentiments et les élans des Êtres humains (ce qui se ressent beaucoup dans Gösta Berling).
Le « monde invisible », comme elle le nommait, était pour elle une réalité familière. L’Inconscient, comme je le nomme maintenant, semblait occuper une place importante dans son quotidien et dans son écriture. Elle se laissait porter par ses intuitions et par ce qui venait à elle, sans forcément chercher à l’expliquer. Et elle écrivait…
C’est peut-être pour cela que, derrière des histoires qui peuvent sembler très pragmatiques au premier abord, il y a toujours autre chose dans ses textes. Tout est entre les lignes chez Selma Lagerlöf.
Même dans le manuel scolaire qu’elle a écrit, Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, l’Inconscient est très présent. Par ailleurs, la Nature n’y est pas simplement un décor : elle participe à l’histoire, elle agit (et puissamment), elle enseigne, elle transforme.
Lire, l’Inconscient qui parle vraiment de nous…
Si j’écris un peu sur elle aujourd’hui, c’est simplement pour montrer que le langage des Oiseaux est réellement partout, et de tout temps, y compris dans une littérature étrangère, scandinave en l’occurrence, et dans une époque qui nous paraît pourtant bien éloignée de la nôtre (à cheval sur les XIXe et XXe siècles).
Selma Lagerlöf n’est bien sûr pas la seule écrivaine à s’être laissée porter par son intuition, à avoir écrit à partir de ses sensations et de ses sentiments, et à avoir eu l’élan de les coucher sur le papier pour les offrir à la réflexion de chacun. Et son œuvre me fait réfléchir à notre littérature actuelle.
En effet, nous vivons dans un monde où tout est de plus en plus rapide, pratique, immédiat. Et la littérature n’échappe pas complètement à cela. Nombre de récits parlent de ce que nous vivons dans notre quotidien, de nos relations, de nos préoccupations, de nos choix, de nos modes de vie et ce, de façon « matérielle ». C’est évidemment normal et souvent instructif. Mais il me semble parfois que quelque chose s’est détaché : ce lien simple et profond entre l’Être humain et la Nature, Sa Nature, dont il est issu et il fait partie.
Les écrivains du passé se donnaient vraisemblablement plus de temps pour « rester » avec une sensation, un sentiment, une émotion, une image, un paysage, pour les laisser mûrir et se transformer en phrases dont la « matière » de l’Inconscient se ressentait… Et leurs phrases résonnaient de multiples échos qui perdurent encore en moi parce que je ressens le lien quasi gémellaire entre l’Humain et la Nature.
Cela me semble très bon. Cela me semble pourtant de plus en plus éloigné de la littérature de notre époque. Et peut-être est-ce justement ce qui rend les anciens textes de nos grands littérateurs si précieux : ce lien y est encore perceptible, pour qui prend le temps de le laisser résonner…
Lien Spotify : https://open.spotify.com/episode/6VIXD0SroezBkZYcEC5iQ5
Illustration : Cécile Edrei pour le fond, Pixabay Mabel pour la pie et Hakan2000 pour le lac – Selma Lagerlöf et l’Inconscient


