Prestige du nom ou valeur du raisonnement ?

Prestige du nom ou valeur du raisonnement
Prestige du nom ou valeur du raisonnement ?

Constatant quasi quotidiennement que la foi de la plupart des consommateurs de culture repose le plus souvent sur la notoriété des auteurs (surtout en édition de livre et en développement personnel), et non sur la pertinence de leurs propos, il me semble opportun d’ouvrir une réflexion à ce sujet…

Des critères de sélection pour être entendu

Dans la plupart des cas, avant d’être écouté, il faut souvent satisfaire à une série de critères : D’où venez-vous ? Diplômes ? Notoriété ? Scientifique ? Professeur ? Nombre d’exemplaires vendus ? Nombre d’abonnés ? Nombre d’interviews reconnues ? Votre promesse ? Et, avec un peu de chance, à un moment donné : votre raisonnement ? Ah, ça, nous y reviendrons peut-être plus tard…

N’importe quelle star en son domaine peut faire vendre n’importe quoi, et cher, même sans véritable message ou en étant proche de la sénilité…

Être brillant ?

Faisons une petite expérience.

Prenez un texte brillant (littérature, science…). Signez-le du nom d’un prix Nobel. Soumettez-le à des lecteurs ; ils le trouveront probablement brillant.

Prenez le même texte. Signez-le du nom d’un parfait inconnu. Soumettez-le à d’autres lecteurs ; ils ne le trouveront probablement pas brillant.

À moins d’être patient comme Richard Bach, auteur du récit Jonathan Livingston le Goéland, bien connu maintenant, qui aurait été refusé cent quarante fois avant d’être publié, un chiffre souvent cité, il y a de quoi se décourager.

Croire un nom et « penser » à travers lui ?

Mais en fait, mon propos n’est pas là. Mon propos est plutôt attaché à la croyance : « s’il est connu, ce qu’il énonce est formidable » est l’Opposé (restons dans l’Hermétique) de « s’il est inconnu, ce qu’il énonce ne vaut rien, ou si peu ».

Pourtant, dans mon exemple, rien n’a changé dans le texte.

Notre cerveau fonctionne ainsi. Il aime les raccourcis. Devant une idée nouvelle, il se demande très souvent d’abord : « Qui parle ? » Alors qu’il serait sans doute plus utile de se demander : « Ce discours tient-il debout ? » Il n’y a même pas besoin d’attacher le discours à une personne ; nous le faisons pour des questions d’égo. Mais pour grandir avec les idées des uns et des autres, point n’est besoin de savoir d’où vient l’idée pour la trouver intéressante. Pour la creuser avec la personne source, oui ; sinon, l’idée peut continuer son chemin dans l’anonymat.

Que va changer le curriculum vitæ (CV) de la personne qui émet l’idée à son idée ? Ses diplômes et autres repères de reconnaissance témoignent certes d’un parcours particulier, d’un travail, et même d’une véritable expertise. Mais, pour revenir aux Opposés : ils ne sont pas une garantie d’infaillibilité, pas plus du reste que leur absence est une preuve d’incompétence.

Si c’était le cas, il me semble qu’il faudrait réécrire une bonne partie de l’histoire des découvertes, des inventions… et des erreurs mémorables depuis des siècles.

Lire sans savoir qui a écrit

En tant qu’éditrice, je reçois des manuscrits accompagnés de CV flatteurs qui me laissent toujours un goût amer d’égo surclassé. Ce qui m’importe ne sont pas les médailles, mais le cœur, la cohérence et la bonne foi. À partir du moment où un texte me semble pertinent et argumenté, et qu’il ouvre sur de nouvelles pistes de réflexion, il mérite d’être lu et partagé. Que son auteur soit invité par les médias ou uniquement chez ses amis n’est pas le sujet ni la motivation.

Vous le savez, je n’édite que Jean-Christophe Gisbert pour le moment parce que sa logique me semble imparable et qu’il a la capacité de tout expliquer de ce qu’il avance. Son travail sur le langage des Oiseaux et son hermétique est quasi scientifique dans sa façon de l’aborder et de l’utiliser. C’est pour cela que j’ai tout de suite été convaincue par la logique qu’il expose et, de surcroît, plus ses recherches avancent, plus ses révélations se vérifient et s’entrecroisent les unes avec les autres.

Il est un auteur anonyme et, s’il signe de son nom, c’est parce qu’il considère que son état civil sert de point de repère pour chercher ses publications en ligne (si l’on cherche « anonyme », il y en aura plus que lui). La notoriété : Non. La logique : Oui.

Réfléchir à partir d’un nom ou d’un raisonnement ?

Si nos lecteurs sont prêts à réfléchir à partir de ce que nous éditons, c’est formidable. Si le fait d’être inconnus en freine certains, c’est ainsi.

Encore les Opposés : une démonstration ne devient pas plus solide et véridique parce qu’elle est signée par une célébrité. Et elle ne s’effondre pas parce qu’elle est déduite et présentée par un inconnu.

Il me semble important de penser à cela dans nos temps où le star-system, même pour les personnes qui écrivent, fait foi. Voilà ce que je voulais dire dans cet article.

Pour ouvrir : amusez-vous à lire quelques lignes d’un sujet qui vous intéresse sans vous attacher à l’auteur… Vous découvrirez sans doute des pépites, vous ferez peut-être une vraie rencontre… ou découvert un préjugé qui stimulera votre réflexion, qui sait ?

Dans les deux cas, cette lecture vous aura fait grandir…

Lien Spotify : https://open.spotify.com/episode/7CjBpvnlDhx7Y7ec9c2UGk?si=Vg8bvJVDTaKXo4H7UbQPcA

Illustration : Cécile Edrei pour le fond, Pixabay Mabel pour la pie et Geralt pour le cerveau – Prestige du nom ou valeur du raisonnement

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